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 L'Artiste, la Brute et la Boisson [PV Lodriel]

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MessageVen 8 Déc - 13:05


« Fantastique, tout à fait renversant ! ». Le vieil homme tapait dans ses mains énergiquement, oubliant la fatigue de son dur labeur qui le rendait aigri la majeure partie du temps. Travailler en tant que chasseur à son âge était de la folie, mais il ne se voyait pas arrêter ses activités : se prélasser au près d’un feu le rendrait fou bien plus que ses rhumatismes. Pourtant, il trouvait un certain réconfort à venir applaudir les artistes qui se succédaient sur la scène : Mystarcia était une cité pleine de mystère, où planait une douce odeur d’encens lui soufflant un souffle exotique dans la nuque. Ailyn n’était pas inconnue à ce genre de représentations, elle les adorait.

La jeune femme n’aimait pas faire des performances pour gagner des points auprès des plus audacieux, elle se satisfaisait de peu. Du sourire de ceux qui la croisent, des étincelles dans les yeux des enfants qui la fixent. Pour voir leurs pieds frapper le sol au rythme qu’elle imposait, à la ballade qu’elle leur proposait, à cette excursion en dehors de leur quotidien ne serait-ce que pour quelques minutes. Elle se nourrissait de ces instants, de cette liberté qui l’enivrait complètement. Alors, quand elle s’avança sur la scène, après avoir fait une petite révérence, elle sortit son violon et la musique l’envoûta instantanément.

La prestation dura une ou deux minutes, pas plus. Elle ne tenait pas à voler la vedette, après tout elle n’avait plus rien à prouver : ici, tout le monde la connaissait. L’artiste locale donnait régulièrement des concerts, et parfois même prenait du temps pour discuter avec la populace qu’elle retrouvait une fois par semaine. Elle s’agenouilla au bord des planches, secouant ses jambes dans le vide pour sentir la brise les caresser. Aujourd’hui, elle avait terminé tôt. C’était loin d’être inhabituel, pourtant elle ressentait toujours cette excitation, d’avoir sa soirée pour elle. Gaïa ne lui courrait point après, sa famille n’avait point besoin d’aide.

Elle y pensait, souvent. Ils vieillissaient, peinaient à continuer leurs activités. Elle se rendait à l’atelier d’ébéniste de son père, lui tenait compagnie. Au fond, elle savait qu’elle leur manquait. Mais ils savaient également la laisser voler de ses propres ailes. Elle sauta gracieusement du bord et commença à avancer dans la ville, ruelle après ruelle, cette cité qu’elle connaissait sur le bout des doigts. Mystarcia n’avait plus aucun secret pour elle, si ce n’est la jungle qu’elle prenait soin de ne jamais aborder : les Priaceto l’auraient découpée en rondelles en moins de quelques secondes. Un pas dehors, un repas pour les créatures. Elle les respectait, mais n’était pas stupide au point de se jeter dans la gueule de la Louve.

Bientôt, la taverne apparut dans son champ de vision. Certes, elle n’aimait pas trop la compagnie des roublards – sans doute parce que la plupart tenaient absolument à la mettre dans leur lit, comme pour toutes les femmes fréquentant ce genre de lieu – mais elle y trouvait un intérêt personnel presque malsain. Elle s’entraînait. Ils étaient faibles, proches du sommeil. Secouer leurs émotions était une partie de plaisir. Ils ne résistaient pas, à quoi bon ? Personne ne s’imaginait qu’une artiste locale, sincère et gagnant sa vie de manière honnête, s’apprêtait à faire pencher la balance de manière significative. Alors oui, c’était peut-être le seul écart qu’elle s’autorisait, mais elle le trouvait suffisamment gros pour en éviter d’autres. Ce n’était pas un concours de celui qui était le plus malheureux ou le plus détraqué. Elle pratiquait, comme certains pratiquent la couture. Enfin, elle se rassurait de cette manière, même si ça ne marchait pas véritablement comme elle l’aurait voulu.

Elle poussa les portes, et les fragrances vinrent attaquer directement ses narines. Elle fut étonnée : personne n’avait encore rendu ses tripes, mais tout le monde était toujours aussi surpris de la voir débarquer. Elle ne ressemblait pas à quelqu’un qui allait se perdre dans l’alcool : elle était grande, élégante, de grande renommée. Mais s’il y avait bien une personne dans cet univers qui n’avait cure du regard des autres, c’était Ailyn. S’approchant du bar à vitesse modérée, elle prit le premier tabouret venu pour s’y poser et commanda un verre de vin. S’il y avait quelqu’un à côté, ce n’était pas un problème. Elle allait se contenter d’écouter les conversations, de sonder la salle pour voir si une personnalité l’attirait plus qu’une autre, et le tour serait joué. Tout du moins, c’est ce qu’elle avait prévu.





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MessageVen 8 Déc - 14:08


‘’Ce n’est pas tant que tu n’as pas de cœur Lodriel. La plupart des gens en ont un, et je connais très peu de gens réellement capables de ne faire preuve d’aucun sentiment. Toi, tu le peux. C’est juste que tu n’ouvres ton cœur à personne. Et ce n’est pas forcément une mauvaise chose.’’

Lodriel était ce genre d’hommes qu’on retrouvait assis dans un coin d’une taverne ou d’une auberge, le regard perdu au fond de son verre de boisson. Et en cette fin d’après-midi là, ses yeux étaient rivés sur un verre d’absinthe. Il était silencieux, assis sur une des chaises hautes du bar, à fixer sans vraiment s’en rendre compte le liquide vert pomme translucide qui dansait dans le fond de son verre, en suivant les mouvements de son poignet.

Ce qui était étonnant chez Lodriel, était sa capacité à se faire oublier et à oublier ce qui l’entourait dans un lieu aussi bruyant et empli de monde. Il semblait tout à fait ailleurs, totalement détaché des alentours et de ce qui s’y passait. C’était à croire qu’on aurait pu lui briser une bouteille en verre sur la tête sans qu’il réagisse tant il semblait fasciné par le contenu de son verre.  

C’était encore un de ces jours où il n’avait rien à faire. Il n’y avait pas grand-chose qui rythmait la vie du grand baraqué qu’il était, sinon que son quotidien d’assassin. Mais il y avait parfois des périodes d’accalmies, comme celles-ci. Elles duraient parfois une semaine, parfois un jour seulement. Lodriel n’aimait pas vraiment rester à rien faire. Enfin, disons plutôt qu’il avait perdu le goût pour ne rien faire dès l’instant où il n’eut plus personne avec qui pratiquer cette ‘’activité’’.

De fait, les jours sans contrat lui paraissaient interminables, surtout lorsque ses pensées venaient le hanter. Et aujourd’hui, son image à elle ne semblait pas vouloir disparaître de son esprit. Alors il essayait de la faire partir de lui-même, avec plusieurs verres d’alcool, même s’il savait cela vain, connaissant sa résistance naturelle à la boisson, due notamment à sa taille et son poids.

Que penserait-elle en le voyant ainsi, accoudé au bar, à noyer son regard et son existence dans un misérable verre de liquide verdâtre, la tête basse, et le visage bloqué sur cette expression lasse qu’il arborait désormais presque comme un masque qu’il n’enlevait jamais ? Elle lui aurait sûrement botté le cul pour rester là comme un malheureux à chouiner sur son sort sans rien faire. Mais là était le problème : elle n’était plus là, et c’était le spectre d’elle qui se promenait dans sa mémoire qui le clouait sur cette chaise, incapable de faire quoi que ce soit, lui retirant toute envie de ne faire ne serait-ce qu’un pas vers le dehors. Alors il allait sûrement rester là encore quelques heures, jusque tard dans la nuit, à attendre quelque chose.
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MessageDim 10 Déc - 18:52


Diablesse dans un corps aussi blanc que neige, l’Ael observait les lieux, comme perdue dans ses pensées. Son regard s’arrêtait sur le moindre détail : était-ce cette chandelle dont la cire coulait lentement jusqu’à atteindre son socle, menaçant de s’éteindre à chaque instant, ou cette vague de poussière qui se soulevait à chaque fois qu’un individu pénétrait dans la médiocre bâtisse qui attirait son attention à ce point ? Ou peut-être encore ce sourire narquois qu’affichait le tenancier, jouant avec les coupes qu’il exposait sur de très hautes étagères en un matériau qu’elle ne parvenait à reconnaître.

Si l’apparence secouait sa mémoire, elle aurait pu affirmer avec une assurance déconcertante qu’il ne s’agissait point de bois précieux. Ailyn haussa les épaules. Laisser son esprit vagabonder l’épuisait bien plus vite qu’elle ne le pensait, alors que le but premier de sa visite semblait encore bien lointain. Posant sa tête entre ses mains, tapotant son épiderme avec l’ongle de son index par nervosité, elle se concentra enfin sur son objectif.

Les cibles ne manquaient point à l’appel, et il aurait été un euphémisme de constater qu’elle avait l’embarras du choix. La journée avait été longue et exténuante, pourtant elle ressentait le besoin de prendre le taureau par les cornes, de s’offrir un challenge, un défi qui la tiendrait en haleine. Un petit rire discret fit vibrer ses cordes vocales. Elle percevait une pléthore d’agitation, de sensation, d’émoi, à ne plus savoir quoi en faire. Devait-elle les saisir au vol, attendre qu’elles atteignent une maturité, ou s’attaquer à un autre type de gibier ?

Au final, Ailyn passait plus de temps à se questionner sur la nature de ses proies qu’à vraiment les attaquer de front. Elle ne voyait pas cette façon de faire comme un défaut dans son approche. Seuls les imbéciles vont au combat sans se renseigner sur leurs adversaires. Son avantage n’en serait bientôt plus un. Faisant glisser sa main le long de la sacoche qui ornait sa hanche, elle y plongea pour s’assurer que son carnet de notes était bien présent. Elle devait prendre conscience du moindre détail qui pourrait faire basculer le raisonnement de son interlocuteur, dénicher une faille.

L’Ael finit par dégoter ce qui lui manquait tant en une personne qu’elle n’avait jamais vu dans les parages. Mystarcia était son cocon, son foyer. Elle s’y baladait nuits et jours à la recherche d’une inspiration nouvelle, d’une illumination, d’une Muse. Et si un nouveau visage se présentait aux portes de la capitale, elle en prenait connaissance immédiatement. Celui-ci passait entre les mailles du filet, mais surtout, il dégageait une aura de mélancolie profonde. Non, il n’était pas de ceux qu’une simple rupture détruisait. Son mal-être était profond, constant, et alors qu’elle s’approchait avec une immense discrétion, elle hésita parce qu’il lui semblait même contagieux.

Il puait l’alcool à plein nez, mais elle savait à quoi s’attendre en ces lieux. Elle ne le choisissait pas par hasard. Son apparence, quant à elle, l’étonna de plus belle. Il était beau, saillant, musclé. Tout le contraire des autres ivrognes qui venaient soigner leurs maux en s’enfonçant dans ce liquide qui avait raison de tous leurs sens. Tout comme elle, il n’appartenait pas à ce monde. Ils étaient des anomalies, des incohérences dérangeantes. Sa décision était prise et il ne lui échapperait pas.

Quittant son siège lentement, elle commença son avancée pleine d’audace. Ses hanches se balançant au rythme de la musique ambiante – jouée par un barde qui semblait encore plus saoul que ceux qui l’écoutaient et qui lui éclatait régulièrement les tympans -, elle s’accouda au bar à son tour. Pourtant, au moment où elle ouvrit la bouche pour s’exprimer, on vint lui couper la parole. « Bonsoir mamz’elle, qu’est-ce que vous faites dans ce trou paumé ? On pourrait s’amuser, vous et moi, pas ici mais .. ». Proche. Trop proche. Il lui donnait envie de vomir. L’inconnu se tenait au-dessus d’elle, la bloquant presque contre le comptoir, respirant l’alcool et la débauche. Plus petit que l’individu qui l’intéressait, il n’en restait pas moins imposant face à l’Ael, frêle comme une brindille.

Cependant, elle ne se laissa point démolir et, croisant les bras, le défia du regard à son tour. « La même chose que vous. Je vous prierais de reculer, j’allais justement m’entretenir avec quelqu’un ». A aucun moment elle ne posa ses yeux sur le grand baraqué. L’idée n’était pas de lui demander insidieusement de l’aide : si elle en voulait, elle serait directe. Elle désirait simplement attirer son attention, voir sa réaction, se délecter des émotions qu’il ressentirait dans ce genre de situation. Ailyn était malade, dingue de curiosités en tout genre. C’était peut-être ce qui faisait son charme, après tout.






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MessageLun 11 Déc - 16:18

Dans ce genre de tripot, surtout ceux qui allaient mal réputés et fréquentés par des personnes peu recommandables, il y avait toujours de l’animation. Bien plus folklorique que celle des tavernes et des auberges ‘’basiques’’, il n’était pas rare de voir, après une bonne beuverie, une tournée générale et un chant interprété par un chœur de roublards ronds comme des queues de pelle, une bonne bagarre, initiée par l’un de ces derniers. Malgré le fait que tout autour de lui était très animé, aussi bien en matière de mouvements que de bruits, lui demeurait silencieux, replié sur lui-même, parfaitement immobile. Le monde aurait bien pu s’écrouler juste derrière lui, qu’il ne se serait même pas retourné.

C’est pour cela qu’il s’étonna lui-même d’accorder de l’importance à la jeune femme qui venait de s’accouder au bar. En fait, il y avait sans doute une explication toute simple au fait qu’il avait remarqué sa présence : elle détonait totalement dans le décor de la taverne. Elle n’avait pas de vêtements sombres, déchirés ou crasseux. Elle était belle, elle semblait agile et loin d’être le genre d’idiote qu’on croise parfois en train de se déhancher debout sur une table, qui a laissé son amour propre à l’entrée de l’auberge. Mais avant même que Lodriel finisse d’émettre la supposition qui faisait son chemoin dans son esprit, celle-ci fut confirmée par l’arrivée d’un nouveau protagoniste : un ivrogne aux vêtements sales venait de bondir littéralement sur la jeune femme. Enfin, il ne lui avait pas réellement sauté dessus, mais ses yeux avides et brillants ne trompaient personne. Il écouta malgré lui – maintenant qu’il était concentré sur ces deux personnages – leur conversation, aussi courte fut-elle.

Il esquissa un léger sourire, avant de retrouver son visage las et sombre. Pourtant, la situation l’amusait réellement. En fait, elle lui rappelait plutôt d’agréables souvenirs. Enfin, en réalité, une personne en particulier. Mais bon, le cas était quand même légèrement différent. Car la personne à laquelle il pensait aurait réagi de manière un peu plus exagérée. L’homme qui avait abordé la jeune femme aurait déjà valdingué à l’autre bout de la pièce d’un coup de poing rageur.

Il sourit l’air nostalgique à cette pensée, et se laissa convaincre de se lancer, tout comme elle le faisait, dans la recherche des ennuis.

« Calmez-vous mon pauvre. » lança t-il moqueusement à son égard assez fort pour qu’il sache qu’il s’adressait à lui, car il ne daigna même pas relever les yeux de son verre. « Vous êtes vraiment aveugle si vous croyez obtenir quoi que ce soit d’elle. Cela se voit comme le nez au milieu de la figure qu’elle n’est pas venue pour se trouver un ivrogne crasseux qui pue l’alcool pour passer sa soirée. »

L’homme le dévisagea l’air mauvais.

« Qui t’es toi pour te croire meilleur que moi ? Tu bois comme un trou et tu pues l’alcool ! »

« Ouaip, mais je suis pas encore totalement aveuglé par mon taux d’alcoolémie. Et j’ai bien vu, contrairement à toi, que la demoiselle n’en a rien à carrer de ta proposition. »

L’ivrogne semblait perdre patience. Lodriel, quant à lui, trouvait cela amusant. Cela prouvait que l’alcool qu’il avait déjà bu agissait comme de l’adrénaline. Il s’amusait actuellement plutôt à titiller cet homme.

« Qu’est-ce que t’as mon gars, tu veux te faire la donzelle ? T’es jaloux ? Tu veux te battre ? »

« Disons que je m’amuse un peu avec les esprits inférieurs… Enfin, on peut sortir si tu veux. Mais pour que tu aies la moindre chance, il faudrait que j’ai les yeux bandés, les poings liés… Enfin non. Même comme ça, tu n’aurais pas la moindre chance de gagner. »

L’homme semblait furax, mais n’osait visiblement pas lancer la bagarre. Lodriel profita de son hésitation pour s’adresser cette fois à la jeune femme.

« Remarquez, cela pourrait être intéressant. Sur qui parierez-vous mademoiselle ? »
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MessageMer 10 Jan - 17:15


Ailyn poussa un soupir qu’elle voulut discret, ne servant qu’à apaiser sa frustration. Ils ne valaient pas mieux que l’autre. Enfin, si. Face à cette altercation, l’Ael se contenta de hausser vaguement les épaules. Les conflits ne l’amusaient guère, et elle aimait penser que toute bataille peut se terminer par un cessez-le-feu. Ici, les flammes se rallumaient de plus belle et dansaient sur un rythme endiablé, retournées dans une cheminée large dont l’épaisse fumée peinait à s’échapper. Mais allait-elle véritablement tourner le dos à une occasion en or de ressentir tant d’émotions, tant de sensations qui lui étaient tout à fait inconnues ?

Cet inconnu l’intriguait, et ce n’était que le début de leurs péripéties, elle en aurait mis sa main à couper. Un sourire naquit sur ses lèvres, tandis qu’elle croisait les bras, observant le conflit grandir de seconde en seconde. Elle se délectait du regard furieux de celui qui était venu l’aborder, comme on réclame une terre durement gagnée après une guerre, puis passait à l’air impassible de celui qui se croyait salvateur de toute une nation. Elle finit par se donner tort : ils n’avaient rien en commun. Pourtant, ils ne valaient toujours pas mieux l’un que l’autre.

Il ne s’agissait point d’un échange de joutes verbales bien argumentées : à quoi s’attendait-elle, dans une taverne mal famée ? Sans doute à rien, et c’est précisément ce manque d’attente qui la rendait si enthousiaste face à la moindre surprise. Elle n’arrivait jamais à être déçue lors de ses sorties nocturnes : le monde extérieur l’émerveillait, et si elle connaissait Mystarcia par cœur, cela ne l’empêchait point de s’émouvoir de la moindre découverte. Ailyn appréciait sans doute cette qualité chez elle plus que nulle autre : la possibilité de voir le bon en chaque être qui venait à se mouvoir sous son regard attentif.

Elle croisa les bras, les observant, l’un après l’autre. D’ordinaire, l’Ael n’aurait pas pris part à une bataille gagnée d’avance : elle n’avait qu’à regarder les deux interlocuteurs pour constater qu’un rapport de force s’établissait de manière évidente. L’un était saoul, l’autre encore conscient de ses actes et de leurs gravités. Ou était-ce le cas ? Prendre la défense d’une demoiselle en détresse impliquait des risques qu’il est rare de savoir peser correctement. Mais c’était sa décision, pas la sienne. Alors elle se contenta de rire doucement, plaçant sa main devant sa bouche comme si elle aurait voulu effacer cette moquerie.

« Je n’aime pas parier quand un des combattants est déjà bien mal en point, c’est assez inégal… Et je ne parle pas de l’alcool qui coule dans vos veines, je pense que l’écart de force a été souligné de manière plus appuyée quelques secondes auparavant. ». Ailyn était juste, honnête, presque trop autoritaire parfois. Cela lui attirerait des ennuis, à n’en point douter. Elle décroisa les bras lentement, poussant d’une main ferme mais délicate l’homme venu l’importuner. « Je pense que vous avez compris que si vous restez sur mon chemin, je ne serais pas la seule à vous mettre des bâtons dans les roues. Ce serait dommage d’en venir aux mains dans une si prestigieuse taverne, me donnez-vous tort ? ».

A ces mots, le tenancier acquiesça plutôt aisément. Si les combats pouvaient amuser la galerie, ce n’était pas le cas de celui qui nettoyait le sang séché et les restes de repas régurgités sur le sol déjà crasseux de son établissement. Et à en croire le visage de son agresseur, pouvoir profiter d’un énième verre était bien plus alléchant que de faire connaissance avec l’Ael, qui tenta assez maigrement de le calmer de manière plus discrète et insidieuse. Une chance que sa magie soit invisible et indolore, le temps qu’elle soit insufflée.

Sans demander son reste et encore moins l'autorisation, elle s’appropria le tabouret à côté du titan, sirotant son verre avec parcimonie. La jeune femme sentait sa douleur, ce malaise constant qui flottait autour de cet inconnu, et qui l’intriguait de plus belle. Elle avait eu l’occasion de s’exercer sur de nombreuses personnalités, et si elle avait noté un point commun aux personnes qu’elle qualifiait de malheureuses, c’est qu’elles ne prenaient point le temps de s’occuper des autres. Pourtant, il s’était interposé. L’avait-elle incité à lui venir en aide, dans son regard, dans ses gestes ? Ailyn n’avait rien de la jouvencelle apeurée qu’on décrivait dans les légendes pour enfant. Elle savait se défendre, se faire respecter, mais cette galanterie ne lui déplaisait point.

Orgueilleuse aurait été le trait de caractère parfait pour la rendre détestable, heureusement elle slalomait entre les clichés et les extrêmes avec une aisance remarquable. « Vous vous amusez souvent à jouer au prince charmant ? J’apprécie le geste, je serais bien ingrate de vous réprimander. ». Ce genre de taquineries l’aidait à repérer si elle arriverait à en obtenir plus de sa cible : soit il l’envoyait paître, soit il engageait la conversation. Quitte ou double, mais après tout, avait-elle réellement quelque chose à perdre dans cet échange ?







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